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Introduction
La réforme linguistique de 2009 au Rwanda, qui a institué l’anglais comme langue principale
d’enseignement à tous les niveaux scolaires, constitue l’un des changements éducatifs les plus
importants de l’histoire récente du pays (Samuelson & Freedman, 2023). Cette décision s’inscrit
dans une logique d’intégration régionale au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est et de
repositionnement stratégique du Rwanda dans l’économie mondialisée (Samuelson & Freedman,
2023). En adoptant l’anglais comme langue d’enseignement, les autorités éducatives rwandaises
visaient non seulement à faciliter les échanges économiques et académiques avec les pays
anglophones de la région, mais aussi à renforcer la compétitivité du pays dans un contexte
international de plus en plus globalisé. Cette réforme s’inscrit également dans une volonté plus
large de modernisation du système éducatif et d’harmonisation avec les standards éducatifs
régionaux et internationaux. Cependant, si les motivations politiques et économiques de cette
réforme ont été largement étudiées dans la littérature scientifique, ses implications pédagogiques
concrètes — notamment dans les filières techniques où la compréhension précise du vocabulaire
scientifique et technologique est essentielle — restent encore relativement peu explorées et
méritent une attention particulière.
Avant 2009, le système éducatif technique utilisait majoritairement le français comme langue
d’enseignement, héritage de l’histoire éducative du pays et de ses relations avec les pays
francophones. Parallèlement, le kinyarwanda demeurait la langue maternelle et la principale
langue de communication et de socialisation pour la grande majorité des élèves. Les apprenants
arrivaient donc à l’école avec une forte compétence en kinyarwanda, une exposition progressive
au français dans le système scolaire, puis, après la réforme, une introduction rapide et généralisée
de l’anglais comme langue d’apprentissage. Cette transition rapide vers l’anglais a ainsi créé un
contexte institutionnel marqué par un trilinguisme non coordonné, dans lequel les pratiques
linguistiques réelles en classe varient considérablement. Dans de nombreuses situations
pédagogiques, les enseignants et les élèves alternent entre l’anglais, le français et le kinyarwanda
afin de faciliter la compréhension des concepts. Toutefois, les compétences linguistiques réelles
des enseignants et des apprenants ne correspondent pas toujours aux exigences du nouveau cadre
éducatif, ce qui peut créer des difficultés d’enseignement et d’apprentissage, particulièrement dans
les disciplines techniques qui nécessitent une précision terminologique et conceptuelle importante
(Nsabimana & Ndihokubwayo, 2022).
L’étude présentée ici se concentre sur les écoles techniques du district de Rwamagana, situé dans
la province de l’Est du Rwanda, une région où l’enseignement technique joue un rôle important
dans la formation de la main-d’œuvre qualifiée et dans le développement socio-économique local.
L’objectif principal de cette recherche est de mesurer la corrélation entre la maîtrise de l’anglais
comme langue d’enseignement et la réussite académique des élèves dans les filières techniques.
Plus précisément, l’étude cherche à analyser dans quelle mesure les compétences linguistiques en
anglais influencent la compréhension des contenus techniques, la participation en classe et les
performances scolaires. Elle examine également dans quelle mesure l’utilisation du français et du
kinyarwanda peut constituer soit des obstacles à l’apprentissage, lorsqu’ils limitent l’exposition à
l’anglais académique, soit au contraire des ressources pédagogiques potentielles lorsqu’ils sont
utilisés de manière stratégique pour soutenir la compréhension des apprenants dans un contexte
multilingue.